Génération Z, la révolte silencieuse qui rend l’entreprise meilleure. Pour les jeunes diplômés, l’entreprise est un mystère, malgré les stages et les périodes d’alternance. Derrière les promesses de réussite et d’épanouissement qu’elle distille à force de « marque employeur », elle reste un univers peu lisible, constitué d’attentes non divulguées et de fonctionnements parfois opaques. S’y intégrer demande bien plus qu’un diplôme. Il faut en comprendre les rouages invisibles et les logiques internes.
Et pourtant, avant même d’avoir pu faire leur preuve, les jeunes de la génération Z sont déjà jugés et disqualifiés.
La génération Z est caricaturée
Ce serait celle du zapping qui part aussi vite qu’elle arrive ; celle de l’urgence à être bien traitée, payée, reconnue au risque sinon d’un désengagement rapide ; celle du juste équilibre vie professionnelle et personnelle, comme si le travail n’était qu’un élément d’un ensemble ; celle du job à impact pour mesurer concrètement son apport dans l’organisation ; celle de la quête de sens qui veut que paroles et actes soient en exactes concordances ; celle enfin qui n’accepte l’autorité que si elle est porteuse de respect et d’apprentissage.
Une génération qui réclame bonheur, développement, reconnaissance et sérénité. De qui se moque-t-on ! persifflent de nombreux dirigeants, pour lesquels le travail et la réussite sont avant tout affaire de sacrifices, d’engagement, de loyauté et d’ancienneté !
Cette génération représente pourtant une chance unique pour l’entreprise, qui doit résoudre urgemment l’équation du moment : créer de la motivation en exigeant un engagement total sans contrepartie épanouissante. Il en va de sa désirabilité !
L’entreprise n’est pas exempte de reproches
On nous la présente comme un lieu d’épanouissement : 90% des salariés se déclarent désengagés, 50% stressés et autant considéreraient comme une cause de rupture de leur contrat la fin du télétravail.
On nous parle de bienveillance et d’inclusion : la littérature regorge de burn out, dépressions professionnelles et tensions interpersonnelles. On insiste sur l’attrait et la force du collectif : 50% des jeunes diplômés préfèrent créer leur entreprise plutôt que rejoindre des structures existantes.
A force de vendre un idéal qu’elle prétend offrir et qui ne trouve pas concrétisation, l’entreprise perd en crédibilité. Il y a quelque chose qui dysfonctionne au royaume du salariat !
La génération Z peut sauver ce bateau ivre en lui permettant de réconcilier investissement et plaisir, valeurs et actes, profit et vision sociétale. Parce qu’elle est exigeante, cherche du sens, souhaite s’engager au profit d’une cause plus grande qu’elle. Les jeunes travaillent vite, adhèrent et délivrent, mais pas à n’importe quel prix.
L’entreprise doit aligner ses valeurs et ses actes
Pour les (re)séduire, l’Entreprise doit devenir un lieu de libre expression, de respect du rythme de travail de chacun. Elle doit respirer du jardin jusqu’au ciel, pas seulement du toit vers l’entresol. Et se débarrasser des injonctions contradictoires : Autoriser l’innovation et demander le respect des règles. Evaluer les collaborateurs et fuir les feed-back. Appeler à la coresponsabilité et étouffer les propositions. Prôner l’autonomie et centraliser les décisions. Cette mécanique ne fonctionne plus : les valeurs doivent être alignées avec les actes. Il ne s’agit plus de placarder aux frontons des salles de réunion « la créativité est une force » et sanctionner les erreurs lorsqu’elles se produisent. Il faut qu’elles admettent que leurs déclarations les engagent moralement sur la durée.
Elles doivent en somme, repenser leur rapport aux collaborateurs et accepter des évidences : on peut performer sans s’épuiser et sortir des sentiers battus tout en étant respectueux des règles de vie collective.
Les entreprises font leur révolution sous la pression des plus jeunes
Elles s’emploient pourtant à se transformer :
Elles investissent sans compter pour former des managers « hybrides », apprenants, et coachs du développement des plus jeunes.
Elles prônent le codéveloppement pour chahuter les points de vue de regards transgénérationnels, mettent en place des shadows comex constitués de moins de 30 ans pour casser les codes.
Elles libèrent la parole de tous en réfléchissant en design thinking, proposent des chemins d’intrapreneuriat pour les plus audacieux qui veulent porter des projets.
Et elles ne s’arrêtent pas là !
Elles font confiance « a priori » pour gagner en rapidité, donnent du sens à leurs activités pour favoriser l’engagement, s’appuient sur des valeurs qui parlent aux jeunes générations, proposent des formations tout au long de la vie pour renforcer l’employabilité, développent des alternatives au présentiel pour que chacun s’organise au mieux de ses envies…
Génération Z la révolte silencieuse : une révolution est en marche.
Un retour, les plus jeunes doivent comprendre ses exigences
L’entreprise est un lieu d’inclusion : un brassage de tous les milieux, toutes les diversités, toutes les générations. Et c’est vrai ! Sa performance dépend de sa capacité à absorber les différences, à former un collectif fort, et de l’aptitude de tous à travailler avec chacun. Un cocktail explosif tant il repose sur des paradoxes que l’on pourrait penser inconciliables.
Ce brassage a un prix néanmoins : la compétence ne suffit pas et bien faire son travail est le degré 1 de la réussite professionnelle. Il faut exister dans ce collectif hétéroclite, apprendre à naviguer en eau trouble, décoder les sens cachés, les lieux d’influences, les fonctionnigrammes.
La personnalité professionnelle doit être la boussole
A tout âge, il faut apprendre à situer sa personnalité professionnelle sur 4 axes : ce que je sais (Hard skills), ce que je suis (Soft skills), ce que je fais (Mad skills), et ce qui me nourrit (Nourishing Skills)). Ces quatre dimensions déterminent notre manière d’évoluer, d’interagir et de tracer notre trajectoire.
La génération Z doit s’attacher à développer prioritairement ses soft et ses nourishing skills, en travaillant ses qualités relationnelles et son ouverture aux bouleversements du monde. Une lecture, une rencontre, la culture peuvent nourrir nos imaginaires et façonner notre personnalité, bien davantage que nos études et nos savoirs. L’intelligence situationnelle nait de cet équilibre entre ce que l’on sait et ce que l’on est.
L’intelligence situationnelle : trouver sa place dans le respect de tous, sans bruler les étapes
Les jeunes doivent apprendre à différer les sujets dont on sait qu’ils faussent la relation : une augmentation de salaire prématurée, des souhaits de mobilité avant d’avoir montré, ou bien encore un intérêt trop vif pour le télétravail ou les congés payés, comme si la communauté importait peu. Ils doivent calmer leurs impatiences et ne pas poser comme règle de vie que seule l’entreprise doit s’adapter.
La « gen Z » doit aussi s’appuyer sur les aînés, les interroger, les observer. Les plus anciens ont les atouts des mentors pour peu qu’on les respecte et les écoute. L’avenir d’une entreprise ne s’invente pas en oubliant son passé : les séniors ont tout à apporter et transmettre. Je ne connais pas de relations transgénérationnelles qui ne soient pas au service de toutes les parties.
Elle doit enfin travailler sa souplesse, ne pas être égocentrique ou de trop courte vue. Il ne s’agit pas de renoncer à ce qui lui semble primordial. Elle doit juste apprendre à analyser les situations avant d’agir, et à accepter que d’autres ont beaucoup à apporter.
La génération Z : une volonté de s’épanouir, pas de fuir le travail
La génération Z ne remet pas en question le travail. Elle y croit tout autant que ses prédécesseurs. Elle ne stigmatise pas non plus l’engagement : elle veut réussir, s’épanouir et progresser. Seule la durée de cet engagement diffère. Elle va plus vite, veut plus pour elle, n’accepte rien qui soit insupportable. Peut-on l’en blâmer lorsqu’on voit la trajectoire de leurs aînés, impliqués au-delà de tout, sans qu’ils ne recueillent réellement les fruits de cet engagement ?
L’entreprise dispose de pépites : elle doit maintenant s’adapter à elles. Les jeunes peuvent y trouver de nouveaux territoires d’expression, qu’ils acceptent de s’y mouvoir avec plaisir. Les efforts conjugués des deux parties nous rapprochent du combo idéal : faire de l’entreprise un terrain de jeu et d’engagement pour une jeune génération en quête d’impact et d’accomplissement.
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